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Xu Yi
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Ce rêve de Tchouang-tseu initial évoque trois textes du philosophe sur la nature du vide, source de toute chose, et sur son potentiel créateur.
Une trompette se cache derrière un rideau, véritable instrument " acousmatique " entouré de 12 instruments visibles tandis que deux autres instruments solistes, l'alto et le violon, sont assis dans le parterre. La compositrice utilise ici sa technique d'amplification orchestrale, combinant des instruments sur scène et leurs échos enregistrés et retravaillés avec différentes techniques de studio. Huit haut-parleurs sont disposés sur scène et dans le public afin de créer des plans sonores fluides.
Élaboration harmonique fine, rôle dynamique des timbres, utilisation des micro-intervalles, constructions rythmiques à base de proportions et de symétries, toutes les signatures musicales de la compositrice sont présentes. Tour à tour statique et animée, lente et tendue, la pièce est faite de nuages sonores aux éclairages changeants, insaisissables comme de la fumée, hantée par de mystérieux appels notes répétées. On peut y distinguer trois parties.
Wang | retour
Le titre correspond à plusieurs mots différents : brillant, vaste et profond, espérance, désappointement, réseau, courbe, sans limite, etc., homonymes représentatifs d'une tradition littéraire et philosophique occupée de correspondances.
L'origine littéraire de la composition se vérifie aussi dans son certain rapport avec l'Opéra de Pékin, plus particulièrement en ce qui concerne la relation entre la flûte soliste et les instruments. La flûte se substitue ici à la voix, au personnage, tandis que les instruments conservent leur rôle accompagnateur. La partie de flûte, sous l'influence de la flûte traditionnelle chinoise, met en valeur des modulations de timbres très vocales : glissandos, vibratos travaillés et lents, sons bruités " éoliens ". Ces procédés évoquent les inflexions mélodiques issues de la langue à tons chinoise.
Yi (La Mutation) | retour
Cette pièce a été un lieu important de recherche de concordances entre la musique spectrale, les sciences modernes, le Tao et l'incontournable Yi King. Xu Yi a en effet pris connaissance d'une publication scientifique qui associait les hexagrammes du Yi King aux quatre bases du code génétique et leurs dérivés, entraînant un enthousiasme créatif de la musicienne.
Comme ce sera le cas dans Gu Yin (plage 5),Yin et Yang sont les moteurs de transformation de cette pièce. Dans la première partie de l'oeuvre, des sons simples, presque sinusoïdaux, évoluent progressivement et créent des champs harmoniques aux couleurs différenciées. Un matériau mélodique s'y glisse de temps en temps : c'est la mutation du Yin. La deuxième partie de l'oeuvre est construite par des mouvements rythmiques et dynamiques. Le temps musical est ici décomposé, raccourci et distordu : c'est la mutation du Yang.
Echo de la terre profonde | retour
Plutôt qu'un texte spécifique, Xu Yi explore ici les échos musicaux de l'ancien système dynamique des cinq éléments chinois : la terre, au centre, est entourée du métal, du feu, du bois et de l'eau. Grâce à la distribution des instruments sur scène, voire même dans l'espace, chaque couche sonore est singularisée dans un plan acoustique propre et offre diverses possibilités de mouvements et d'illusions acoustiques comparables à ses recherches sur la diffusion par haut-parleurs.
Après un début lent, sombre et mystérieux l'oeuvre s'anime grâce aux claviers, donnant une seconde partie rythmique, où prédominent les sons de bois. Cette texture atteint un point culminant puis se fait dévorer par des silences envahissants. La troisième partie met en évidence des sonorités longues et des figures de plus en plus actives, venant par vagues de claviers. La dernière grande partie avant la conclusion exploite particulièrement les poteries ùdù.
Gu Yin | retour
Le texte de référence fait mention de la réaction remarquablement apaisée du philosophe au décès de son épouse. Le titre de l'oeuvre évoque aussi les instruments de musique des cérémonies taoïstes : différents tambours dont le gu et les cloches de temple dobaci ainsi que la flûte qui se veut Yin au départ, chantante, psalmodiante, récitante et soupirante. La flûte se transforme ensuite pour rejoindre l'univers percussif, Yang, par ses timbres et ses rythmes. Cette dualité de la flûte est un point de convergence entre la flûte occidentale et la flûte chinoise. L'oeuvre a été composée suite à une rencontre particulièrement significative de la compositrice et de la flûtiste Cécile Daroux.
Xiao Yao You (Liberté Naturelle) | retour
Cette oeuvre finale s'appuyant sur les premières pages du recueil de Tchouang-tseu évoque l'infini, les mouvements, les échanges énergétiques et les transformations.
Comme dans la pièce initiale, la trompette acousmatique est entourée de 12 instruments et du dispositif électronique spatialisé. L'oeuvre débute sur le timbre mystérieux du trombone basse et l'appel en notes répétées de la trompette acousmatique déjà entendu dans Le Plein du Vide. Cette figure envahit lentement tout l'ensemble. Une seconde partie donne un rôle prépondérant aux percussions, reprises et imitées par le dispositif électronique et les instruments à vent. Le retour des cordes marque un passage momentanément plus lyrique bientôt troublé par différents effets bruiteux. La section suivante permet un solo du dispositif électronique, exploitant les sonorités graves du trombone initial. Après une ponctuation des percussions et le retour de l'appel de trompette, les bois envahissent l'espace avec des timbres assez bruiteux repris par le dispositif et les cordes. Le temps finit par se figer en grands blocs harmoniques qui sont ensuite transpercés par les appels en notes répétées. Ceux-ci deviennent alors motifs plus mélodiques. Enfin, la texture s'apaise lentement. Un retour ultime des notes répétées termine l'oeuvre.
Martin Laliberté
