bisbigliando.com - juillet-août 2007

musique contemporaine

Depuis 1999 le site bisbigliando publie annonces de concerts, alternant rubriques discographiques et portraits de compositeurs. Nous avons voulu en savoir plus sur le webmestre et fondateur, Georges Kan. Nous lui avons posé quelques questions sur son parcours et plus particulièrement sur son lien avec la musique contemporaine qu'il côtoie intimement depuis août 1987, date de son installation à Paris...

propos recueillis par Laura Armel

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mise à jour : 6 septembre 2007

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« Cela fait effectivement vingt ans que je suis au service de la musique contemporaine, plus particulièrement des compositeurs français que je connais quasiment tous pour avoir gravé leurs oeuvres dans le cadre de mes nombreuses collaborations avec leurs éditeurs respectifs. Mon travail était assez prisé car j'étais en mesure de sentir exactement ce qu'ils voulaient mettre en valeur dans leur écriture, ayant moi-même été compositeur pendant quelques années de jeunesse inconsciente. J'ai tout appris à leur contact et sans le savoir, forgé une conscience d'éditeur avant l'heure. Ces compositeurs m'ont souvent encouragé et défendu ; mais ils m'ont aussi accordé un statut d'interprète, au même titre que le musicien, car ma mise en page, dans son équilibre et ses proportions faisait résonner une énergie qui les flattait, s'ils n'avaient la sagesse de regarder d'un oeil critique le miroir que je leur tendais...

Vous créez en quelque sorte par compositeur interposé!

Oui, et c'est vraiment jouissif. Exactement le même bonheur qu'a un musicien à la première lecture d'une pièce. Il n'y a rien à inventer mais un labyrinthe à déchiffrer. Cette frénésie, je pense l'avoir gardé intacte et c'est un peu mon moteur et ma vitalité. Il faut en effet beaucoup d'énergie pour affronter le travail de gravure, même sur informatique. Les années passent et je ne trouve quasiment pas le temps de partir en vacances (quelques jours tous les 4-5 ans, c'est incroyable !). Je pensais, en commençant à travailler à mon compte [en devenant moi-même éditeur ndlr] que la vie serait plus facile mais il n'en a rien été. Plus mon entreprise éditoriale grandissait plus le travail était important, c'est normal je le crois. Les quelques instants de répit ont toujours été les concerts où je viens assister un peu goguenard aux créations alors que le compositeur sort livide de la générale (souvent de bonheur, mais essentiellement d'épuisement).

Les Editions Musicales Européennes, votre "maison", vous l'avez fondée en 1993, c'est bien cela?

Il s'agit sans doute de mon premier "geste" fort. Je dois reconnaître que l'idée n'était pas mienne, un petit nombre de compositeurs étant venu me trouver pour me demander de créer ce qui manquait à leurs yeux - une édition jeune, tournée vers la technologie, alliant savoir, goût pour la création et volontarisme. J'ai tout d'abord dit non, et sans trop y croire j'ai finalement cédé. Aujourd'hui nous sommes à plus de cinq cents oeuvres, ce n'est pas rien ! Et quel catalogue... essentiellement de la création, en allant de la pièce soliste à l'opéra et aux symphonies. Un tel pari sur la création, en commençant de zéro, je n'en reviens pas. Quelques uns de mes compositeurs m'ont avoué il n'y a pas si longtemps qu'au début, ils n'avaient pas misé plus d'un an sur ma survie. Etaient-ils prudents (en se préparant au pire) ou complètement fous (en s'embarquant de gré dans une bateau promis au naufrage) ? Pour ma part c'est en pratiquant ce métier que j'ai vraiment compris ma vocation.

Vous aviez pourtant déjà l'expérience d'avoir servi les compositeurs pour le compte d'autres éditeurs...

Oui, mais ce n'est pas pareil. Quand je travaille pour moi, quand j'édite, je n'ai (presque) pas d'arrière-pensées. Je veux dire que l'on publie ce que l'on a décidé, et ce travail - immense - nous appartient. Ce qui est terrible c'est qu'il n'y a pas de rémunération immédiate. Passer presqu'une année sur la gravure d'un opéra alors que la création va rapporter deux à trois mille euros c'est insensé. Mais c'est un choix un peu bravard

que j'assume pleinement même si j'ai quelques scrupules à y entraîner mes proches collaborateurs dont Jean-Claude Croux sans qui je n'aurais rien pu faire et que je remercie à cette occasion. Nous sommes dans le don de soi, et c'est un acte authentique de création. C'est dans cette optique que j'ai créé le Prix des Editions Musicales Européennes qui vient choisir de tout jeunes compositeurs à peine sortis du Conservatoire. Ainsi notre dernière "recrue" pour le Prix 2006 en collaboration avec Royaumont est le très talentueux Ondrej Adámek, sélectionné pour Lucerne Festival Academy. J'ai toujours aimé faire le contraire de ce qui est habituellement admis et c'est ainsi que j'ai revisité quelques vieilles idées que j'ai définitivement étrillées : "un éditeur n'édite pas uniquement du contemporain, ne prend pas de jeunes compositeurs inconnus, surtout s'ils vivent en Europe..." Non seulement j'ai testé ces chemins mais je les ai même combinés entre eux avec succès !

C'est dans cette optique que vous avez créé bisbigliando.com?

Cela m'a valu au début de sévères critiques de mes confrères qui y voyaient là une façon à peine voilée d'attirer (de "draguer" pour parler plus prosaïquement) leurs compositeurs. Ils n'avaient rien compris. Aucun compositeur n'est passé chez nous grâce à bisbigliando. Mon salaire est venu il y a trois ans à Witten lorsque le génial Michael Zwenzner de Ricordi München me demande interloqué : «Mais pourquoi donc avez-vous fait cette chronique sur le disque de Klaus Huber ; est-ce l'éditeur français qui vous l'avait demandé? » Eh bien, non ! c'était une idée à moi. Il m'a pris en accolade en guise de remerciement.


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