Philippe Schoeller (rubrique publiée en 1999)

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mise à jour : 1 Septembre 2002

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5 Juin 1999 13h00 Bath Festival Florent Boffard
Philippe Schoeller
Ö, pour piano solo

18 Juin 1999 20 h à Radio France - Pierre-Laurent Aimard, l'Orchestre Philharmonique de Radio France - dir. Marek Janowski
Philippe Schoeller -
Flügel, Concerto pour piano et orchestre

 

Flügel ; concerto pour piano et orchestre. (1994 - 1999)

Nomenclature : orchestre symphonique classique.
Bois par quatre.
Cuivres: 5 cors, 4 trompettes, 3 trombones, 1 tuba.
4 percussions et 1 timbalier, célesta, 2 harpes.
Cordes: 16 premiers et 14 second violons, 12 altos, 10 celli, 8 contrebasses.
Durée: environ 21 minutes.

 

Deux mouvements enchainés, plutôt glissés l'un l'autre, comme un battement d'aile.

Voyage de la dune souple et silencieuse à la jungle, naturellement profuse et luxuriante, et plus proche de la voûte céleste que de l'univers végétal.

Cheminement musical du sable à l'étoile. C'est ainsi que j'aimerai, immédiatement, évoquer ici - assez étrangement par les mots - l'image, climatique et symbolique, que la composition de cette oeuvre m'a inspirée.

Oui, climatique.

J'ai choisi un piano concertiste davantage que concertant, soliste face à l'orchestre, mais aussi orchestre dans l'orchestre, comme un soleil virevoltant dans une galaxie.

Cela pour, très intuitivement et naturellement, s'inscrire dans le théatre d'évidence acoustique que propose scéniquement ce couple instrumental dans la disposition classique du piano sur le devant de la scène. En fait, j'eu imaginé, en rêve, un piano situé sur une petite scène transparente de quelques mètres carrés, suspendue juste au dessus du quatuor à cordes, légèrement inclinée vers le public, et rayonnant ainsi comme une sphère prise dans le flux sonore de l'orchestre. Le piano au dessus de l'orchestre, plutôt que devant l'orchestre. Mais impossible à réaliser.

Ainsi dans la scènographie classique j'envisage le pianiste comme une focale de l'orchestre, et l'orchestre comme un orchestre-calice, comme une éclosion, un étoilement coloré de la matière pianistique. Mais aussi voir le couple piano-orchestre comme un clavier spatialisé sur la large surface du plateau et particulièrement doué d'une folie sensorielle, de folie réelle. De la fusion à la fission.

A partir de cet espace acoustiquement dense, noyau vibratile du piano, se tisse tout un ensemble de relations à l'orchestre et ses différentes énergies. Traçant du soliste à l'orchestre toutes sortes de trames narratives, méditatives ou tourmentées, comme l'ouverture plus ou moins rapide et précise d'un diaphragme sur la folie jubilatoire, la fureur lointaine et le mystère. Comme si la relation piano orchestre dessinait, par les forces et les tensions du sonore, un Théatre, ou une chorégraphie, ici invisible, des forces et tensions de l'esprit .

De l'esprit, oui, et surtout de ses passions. Flux, reflux, du cyclone au beau fixe, ainsi le "Théatre des passions" comme un théatre infini de la Nuance propre à la musique. Les passions sont les plus grands architectes du temps. Non pas du temps abstrait, mais du temps vécu. Les passions comme formes complexes de l'écoulement de la durée, ce sont pour moi les meilleures métaphores de l'expérience musicale. Expérience aussi éprouvée en observant le théatre du ciel , si extraordinairement évocatrices des formes musicales lorsque l'on voit des films météorologiques accélérés, ou bien les images au ralenti des turbulences, tourbillons et vortex qu'une aile, ou qu'un tuyau d'orgue provoque. Je suis certain qu'il ya un oeil musical qui entend ces formes du mouvement, ces fluides glissement de l'air ,de l'eau et du feu, ou ces inouïs mouvements de fleuves et de forêts d'étoiles, plus loin dans le ciel.

Et, Symbolique.

ee

Largo maestuoso e misterioso, ainsi le premier mouvement, telle une voile acoustique souple, respirante et méditative, dune, désert, bruissement et sentiment d'imminence. Méditation.

Second mouvement: Allegro vivace, fluido con precisione.

Présence de l'énergie pour l'énergie, telle une force d'appel et de magnétisme propre à l'attaque et la célérité, par essence, du piano.

Lumière et transparence où les vitesses et les flux de matières ne cessent d'agir et de réagir - différences et conflits - entre elles.

Danses et transes.

Flügel est dédiée à Pierre-Laurent Aimard et à Georges Kan.

Est écrit en tête de la partition : Omaggio a Albert Einstein.

 

Philippe Schoeller

né le 13 avril 1957, en France. Sa formation musicale traditionnelle (piano avec J.-C. Henriot, chant choral dans le Choeur Bach de J. von Websky, harmonie et contrepoint avec B. Berstel, initiation à la direction d'orchestre avec G. Dervaux, analyse avec R. Piencikowski) s'est enrichie d'études en musicologie (licence) et en philosophie (Maîtrise et DEA, option Philosophie de l'Art, Paris-Sorbonne).

Durant les années 80-90, il est ausi lauréat des Concours Internationaux de Composition Antidogma (Turin 1984) et H. Dutilleux (Tours 1990), tout en suivant les cours de P. Boulez au Collège de France, ou les cours de I. Xenakis à l'Ecole des Hautes Etudes, ou encore les master-classes de F. Donatoni au CNSM de Paris. A également suivi le stage d'informatique musicale à l'Ircam (Paris) avant d'y réaliser d'importants travaux sur la Synthèse Sonore, afin d'inventer une nouvelle lutherie, la Lutherie Numérique, avec les outils de cet Institut. Travaux mis en oeuvres, littéralement parlant, avec deux de ses plus importantes partitions ; "Feuillages" (1991-92) et son récent oratorio pour choeur mixte, ensemble orchestral et électronique "Vertigo Apocalypsis" (1996-97).

Philippe Schoeller a également donné de nombreuses conférences (Ecole des Beaux-Arts d'Angers, Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, Ecole Centrale d'Ingénieurs de Massy-Palaiseau ...) ainsi que des cours d'analyse et de composition au CNSM de Lyon.

Il est par ailleurs lauréat de la Fondation du Crédit National.

Commandes : Festival d'Angers, Festival d'Orléans, Ensemble Intercontemporain, Festival d'Art Sacré, Etat français, Ircam, Association des Amis du Centre G. Pompidou, Centre d'Ecriture à la Chartreuse de Villeneuve-lez-Avignon, Festival Ars Musica (Bruxelles), Choeur du Sudwestdeutscher Rundfunk Stuttgart.