Emmanuel Nunes (rubrique publiée en 2000)

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mise à jour : 1 Septembre 2002

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Calendrier à venir :

Du 9 au 12 novembre 2000 : aux "Tage für Neue Musik-Zürich", seront jouées les oeuvres suivantes :
Le 9 : Musik der Frühe, par Collegium Novum Zürich, dir. Mark Foster .
Le 10 : Dawn Wo, par l' Ensemble du Conservatoire de Winterthur Zürich, dir. Elmar Schmid ; Litanies du Feu et de la Mer n°2, pour piano, par See-Siang Wong ; Esquisses, pour quatuor à cordes, par Amati Quartett ; Einspielung III, pour alto solo, par Garth Knox.
Le compositeur donnera ce même jour un séminaire sur
Nachtmusik I au Conservatoire de Zürich.
Le 11 : Musivus, pour orchestre, par le Basel Sinfonietta, dir. Emilio Pomàrico.
Il y aura aussi un " Forum Emmanuel Nunes ", par Prof. Dr. Martin Zenck.
Le 12 : Versus III, pour alto et flûte alto, par Sylvie Lacroix et Garth Knox ; Nachtmusik I, pour cinq instruments, par l'Ensemble Contrechamps, dir. Zsolt Nagy.

BASEL, le 14 novembre : Musivus, pour orchestre, par le Basel Sinfonietta, dir. Emilio Pomàrico.

Du 13 au 16 décembre 2000 : tournée de l'Ensemble Ictus, dirigé par Peter Rundel, à la Fondation Serralves de Porto :
Les 13 et 14, séminaire d'Emmanuel Nunes, et conférence d'Alain Bioteau.
Le 15 : Nachtmusik I et Musik der Frühe.
Le 16 : Einspielung II, Versus I et III.

Février 2001 : Au Festival Présences à Radio-France :
Nachtmusik II (nouvelle version), pour orchestre, par l'Orchestre Philharmonique, dir. Emilio Pomàrico.
Duktus, pour ensemble, et Versus III, pour alto et flûte alto, par l'Ensemble Modern de Francfort.

Le 18 février, seront joués au Centre Pompidou, Einspielung II, pour violoncelle, par Pierre Strauch, Einspielung III, pour alto, par Christophe Desjardins, et Nachtmusik I, par des solistes de l'Ensemble Intercontemporain.

Le 27 mai 2001, à la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, Lichtung I et Lichtung II, par l'EIC et l'IRCAM, dir. Jonathan Nott.


Emmanuel Nunes en en quelques mots et quelques dates...

 

PORTRAIT Emmanuel Nunes

par Alain Bioteau

L'oeuvre d'Emmanuel Nunes est d'une telle richesse que quel que soit l'angle sous lequel on tente de l'aborder, elle révèle de nombreuses pistes d'interprétations, des liens intimes avec l'histoire de la musique et de multiples inventions de techniques d'écritures. Mais ce qui est la marque d'une grande oeuvre, c'est que ce foisonnement créatif est régi par une pensée très homogène qui traverse un travail compositionnel régulier d'une trentaine d'années. À chaque fois que Nunes aborde une dimension du langage musical, il l'exploite d'une manière rigoureuse. C'est-à-dire que chaque choix sera vérifié jusqu'au bout et intégré dans les fibres mêmes du discours musical. L'écoute de ces oeuvres révèle la puissance d'une volonté créatrice implacable où la mollesse et les compromis n'ont aucune place. Leurs vitesses "d'élocution" ou leurs densités polyphoniques sont souvent un défi à une première audition, mais ne franchissent jamais le cadre d'une vaine spéculation sur une capacité perceptive à venir. C'est la fréquentation régulière de ces oeuvres qui permet l'appréhension de leurs structures inhabituelles et de leurs natures syntaxiques particulières. Néanmoins, ou au contraire grâce à cela, le choc émotionnel est au rendez-vous. Il n'est que de constater l'enthousiasme du public à l'issue des derniers concerts européens (Quodlibet (1990-91) au Concertgebouw d'Amsterdam et à la cathédrale de Bâle, Musik der Frühe (1980-86) et Einspielung II (1980) à l'Ircam, Lichtung I (1988-91) et Ruf (1975-77) à Bruxelles, Omnia Mutantur, nihil interit (1996) à LisbonneŠ). En ces périodes de "révisionnisme historique" et de retour frileux vers un passé esthétique plus rassurant, l'oeuvre de Nunes se dresse, telle un défi au temps, à l'intelligence et en assumant l'héritage des grands maîtres, pour ouvrir, patiemment, de nouveaux chemins. Sans le chercher, cette musique nous donne une formidable leçon d'optimisme.

D'une oeuvre à l'autre

Il existe de nombreux liens génétiques entre les oeuvres de Nunes. Certains sont très visibles, d'autres sont plus cachés, d'autres, enfin, sont indécelables sans l'aide du compositeur. Sur un ensemble de 45 oeuvres actuellement inscrites au catalogue, deux grands cycles en regroupent 31 sous leur coupe. Le premier n'a pas de nom officiel, mais porte une anagramme comme emblème fondateur. Les notes G, Gis, E, A (sol, sol#, mi et la) y jouent le rôle de notes polaires. Il occupera Nunes de 1973 à 1977, dans le cadre de 9 oeuvres (Omens II, The Blending season, Fermata, Voyage du corps, Impromptu pour un voyage II, 73 Oeldorf 75-I, Minnesang, 73 Oeldorf 75-II, Ruf) plus une en 1982-83 (Stretti). Le deuxième, qui s'intitule La Création, est caractérisé par un élément de "grammaire" musicale nommé paire rythmique. Sans entrer dans les détails, disons qu'elle est applicable à de nombreuses dimensions du discours tel que le phrasé rythmique, la métrique, les intervalles et la spatialisation. Dès 1978, à Berlin, Nunes en précise le concept. En évaluant leurs propriétés structurantes et leurs capacités d'intégrations à ses problématiques, Nunes en sélectionne 23 et les implique dans une oeuvre magistrale : Nachtmusik I pour alto, violoncelle, clarinette basse, cor anglais et trombone. Ce matériau sera d'une telle richesse qu'il donnera naissance à 21 oeuvres très variées qui vont du solo instrumental au grand orchestre, en passant par le duo, le quatuor à cordes, l'ensemble instrumental (type Ensemble InterComtemporain) et l'ensemble à électronique en temps réel. Le cycle se conclura en juin 2000, avec la création de Lichtung II.

Le deuxième réseau de liens le plus visible est constitué des oeuvres homonymes mais qui sont numérotés. Certains de ces noms caractérisent des oeuvres utilisant le même effectif comme par exemple Einspielung I, II et III pour instrument solo, Versus I, II et III pour duo. D'autres soulignent les liens plus secrets d'une origine symbolique. Chessed (bénédiction ou grâce) I, II, III et IV ont toutes pour origine le nombre quatre, issu dans ce cas précis, de l'arbre de la vie de la tradition juive. En dehors de cette symbolique, d'une oeuvre à l'autre, certaines parties sont reprises, transformées et intégrées. Sans que cela prenne un caractère de système, ce procédé révèle une autre catégorie de liens, plus génétiques, qui sont tissés entre des oeuvres totalement indépendantes.

Quodlibet (pour 28 instruments, 6 percussionnistes et orchestre dirigé par deux chefs) représente l'apothéose de cette pensée de l'auto-citation. C'est le principe même de l'ancienne forme musicale du même nom. Mais cet oeuvre de 56 minutes n'est pas qu'un simple montage-mixage de différents extraits du catalogue. Nunes a analysé certains passages pour les réinvestir, en tant que pure matériau, dans des stratégies nouvelles.

reproduit avec l'aimable autorisation de l'Ircam - Centre Pompidou http://www.ircam.fr

 

ee

 

Né le 31 août 1941 à Lisbonne.
Etudes d'harmonie et de contrepoint à l'Académie de Musique de Lisbonne.
- 1964 : il s'établit à Paris.
- 1963-1965 : participe aux cours d'été de Darmstadt (chez Pierre Boulez et Henri Pousseur).
- 1965-67 : fréquente les cours de la Rheinische Musikschule de Cologne ; études de composition chez Henri Pousseur et Karlheinz Stockhausen ; études de musique électronique chez Jaap Spek ; études de phonétique chez Georg Heike.
- 1970-74 : bourse du Ministère de l'Education Nationale du Portugal ; commence, à la Sorbonne, sa thèse sur Anton Webern.
- 1971 : Premier prix d'Esthétique Musicale au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris (classe de Marcel Beaufils).
- 1976-77 : bourse de la Fondation Gulbenkian ; chargé de cours à l'Université de Pau.
- 1977 : création de Ruf, pour orchestre et bande magnétique, à Royan et Donaueschingen (dir. Ernest Bour).
- 1978-79 : compositeur en résidence à Berlin, à l'invitation du DAAD.
- 1980 : journée Emmanuel Nunes à Paris, à Radio-France ; Bourse à la Création du Ministère de la Culture de France.
- Depuis 1981, directeur des séminaires de composition à la Fondation Gulbenkian de Lisbonne.
- 1982 : conférences sur sa musique à l'université de Harvard à Cambridge, Massachusetts, à l'invitation de Ivan Tchérepnine.
- 1985 : séminaire à l'Atelier de Recherche Instrumentale de l'IRCAM, sur le thème " l'attitude instrumentale ", à l'invitation de Pierre-Yves Artaud. Création italienne de Ruf à la biennale de Venise . Création de Tif'ereth à Paris (Commande de l'UER).
- 1986 : atelier aux cours d'été de Darmstadt, continuation du séminaire de l'IRCAM de 1985. Création de Wandlungen pour ensemble et live-electronics aux Donaueschingen Musiktage (dir. Ernest Bour). Officier de l'Ordre des Arts et des Lettres du Gouvernement Français.
- 1986-92 : chargé de cours de composition à la Musikhochschule de Freiburg (Institut für Neue Musik), et invitations régulières au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris en tant que professeur. - 1987 : tournée à Lisbonne et Cologne avec Wandlungen (Journées Mondiales de la SIMC). Création de Duktus (dir. E. Bour) ; commande de la Fondation Maeght).
- 1988 : création de la version intégrale de Clivages à Turin.
- Depuis 1989, travaille régulièrement à l'IRCAM.
- De 1990 à 94, professeur de musique de chambre et de composition à l'Ecole Nationale de Musique de Romainville.
- 1991 : promu " Comendador da Ordem de Santiago da Espeda " par le Président de la République portugaise . Création de Quodlibet au Coliseu de Lisbonne.
- 1992 : création de Lichtung I à Paris (commande de l'IRCAM) ; création de Chessed IV à Bologne ; création de Machina Mundi à Lisbonne et à l'Exposition Universelle de Séville (commande du gouvernement portugais à l'occasion de l'année Christophe Colomb).

Invité principal au Festival d'Automne à Paris.

- Depuis 1992, professeur de composition au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.
- 1995 : cours à l'Académie d'Été de l'IRCAM.
- 1996 : série de concerts à la Cité de la Musique (EIC, IRCAM, Festival d'Automne) : création de Lichtung II (première partie); création de Omnia Mutantur, Nihil Interit ; docteur honoris causa de l'Université de Paris VIII.
- 1998 : création de Musivus, commande de l'Expo 98 à Lisbonne;
invité principal au Festival Ars Musica de Bruxelles.
- 1999 : Prix CIM &endash; UNESCO.
- 2000 : création intégrale de Lichtung II ( EIC, IRCAM) ; invité principal aux Züricher Musiktage.


Emmanuel Nunes Quodlibet for 6 percussionists, 28 instruments and orchestra

Ensemble Modern / Gulbenkian Orchester Lissabon; Kasper de Roo, Emilio Pomàrico: conductors

CD MO 782055


les oeuvres d'Emmanuel Nunes sont éditées aux Editions Jobert Paris et Ricordi Munich