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LE NOIR DE L'ÉTOILE (rubrique publiée en 1999) |
bisbigliando.com | |||||||||||||||||||||||||||
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Gérard
Grisey |
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SYNOPSIS
Introduction
Texte original de Jean-Pierre Luminet (astrophysicien).
Voix off spacialiséePercussions de Strasbourg disposées autour du public et sonorisées.
Naissance d'une pulsation sonore et lumineuse.
Rotations, périodicités, accélération, décélérations.
Découverte de l'espace acoustique et visuel.
Lent parcours de la macrophonie à la microphonie.
Attente de l' " objet céleste ".
Première fenêtre.
Transmission du Pulsar de Véla diffusé et spatialité par 12 haut-parleurs disposés autour du public.
Contamination de la vitesse du pulsar aux percussionnistes.
Rotations, irrégularité, rapidité.
Deuxième fenêtre.
Arrivée en direct du pulsar 0359-54 capté par le radiotélescope de Nançay et spatialisé.
Interruption brutale par les percussionnistes.
Découverte d'un autre espace sonore : les métaux.
Chaos granuleux, fusion, coagulations, émergences, bouffées rythmiques analogues aux sons que nous transmet le soleil.
Troisième fenêtre
Pulsar imaginaire.
Final.
Déchaînement progressif des forces centrifuges sonores.
Variations de vitesse et accélération.
Quatrième fenêtre.
L'instrument-pulsarŠ
CONCEPTION D'UNE MISE EN ESPACE POUR LE NOIR DE L'ETOILE
Associée à l'oeuvre musicale, la dimension spatiale rentre comme cadre scénique en opposition à l'aspect scientifique et rythmique. Le point central doit être une " tour de lumière " à 6 angles - il faudra faire de cette forme cristalline une coupure fondamentale, dans un décor standardisé quel que soit le lieu d'exécution.
Soutenu par l'armature de la tente, se forme un ordre asymétrique de rangées de spectateurs, en suites de losanges, entourés par les 6 estrades des percussions. L'espace sera défini par les positions des interprètes, visuellement limitées par environ 12 barres portant un toit de tente.
Ce toit est formé de trapèzes laissant passer l'air, et qui apparaîtront sous diverses couleurs selon le rythme lumineux, ou disparaîtront complètement.
L'éclairage se limite au rouge et au bleu, et développe ainsi un " cosmos " de lumière indépendant des sons les plus divers, - mélanges et course du temps : une horloge lumineuse évolue, en correspondance avec le déroulement temporel de l'oeuvre.
Construction spatiale cristalline et circulation de la lumière seront les bases de l'oeuvre musicale et de l'événement scientifique.
Berlin, mars 1990.
CLAUDIA DODERER
| début noir
GERARD GRISEY
LE NOIR DE L'ETOILE (1989-1990)
Pour six percussions disposées autour du publicLe Noir de l'Etoile est dédié à mon fils Raphaël affectueusement et aux Percussions de Strasbourg
Lorsqu'en 1985, je rencontrai à Berkeley l'astronome et cosmologiste Jo Silk, il me fit découvrir les sons des pulsars. Je fus séduit par ceux du pulsar de Véla et immédiatement, je me demandai à la manière de Picasso ramassant une vieille selle de bicyclette : " Que pourrais-je bien en faire ? ".
La réponse vint lentement : les intégrer dans une oeuvre musicale sans les manipuler, les laisser exister simplement comme des points de repère au sein d'une musique qui en serait en quelque sorte l'écrin ou la scène, enfin utiliser leurs fréquences comme tempi et développer les idées de rotation, de périodicité, de ralentissement, d'accélération et de " glitches " que l'étude des pulsars suggère aux astronomes. La percussion s'imposait parce que comme les pulsars, elle est primordiale et implacable, et comme eux cerne et mesure le temps, non sans austérité. Enfin, je décidai de réduire l'instrumentarium aux peaux et métaux à l'exclusion des claviers.
Le Noir de l'Etoile était né ou presqueŠ
Il restait à imaginer un complément lumineux de la partition, à élaborer une scénographie, à convaincre la communauté des astronomes de Nançay de transmettre un pulsar dans une salle de concert, enfin à réunir une équipe qui fût autant que moi passionnée par le projet.
Lorsque la musique parvient à conjurer le temps, elle se trouve investie d'un véritable pouvoir chamanique, celui de nous relier aux forces qui nous entourent. Dans les civilisations passées, les rites lunaires ou solaires avaient une fonction de conjuration. Grâce à eux, les saisons pouvaient revenir et le soleil se lever chaque jour. Qu1en est-il de nos pulsars ? Pourquoi les faire venir ici, aujourd'hui à l1heure où leurs passages dans le ciel boréal les rend accessibles ?
Bien sûr, nous savons ou croyons savoir qu'avec ou sans nous, 0359-54 et le pulsar de Véla continueront leurs rondes interminables et, indifférents, balayeront les espaces intersidéraux de leurs faisceaux d'ondes électro-magnétiques. Mais n'est-ce pas en les piégeant dans un radiotélescope, puis en les intégrant dans un événement culturel et sophistiqué - le concert - qu'ils nous renvoient alors plus que leurs propres chants ?
En effet, le moment du passage d'un pulsar dans le ciel nous astreint à une date précise et en rivant le concert sur cette horloge lointaine, il devient un événement in situ, plus exactement in tempore donc relié aux rythmes cosmiques. Ainsi, les pulsars détermineront non seulement les différents tempi ou pulsations du Noir de l'Etoile, mais également la date et l'heure précise de son exécution.
Musique avec pulsar obligé !
Que l'on n'en déduise pas cependant que je suis un adepte de la musique des Sphères! Il n'est d'autre Musique des Sphères que la Musique Intérieure.
Celle-là seule pulse encore plus violemment que nos pulsars et oblige de temps à autre un compositeur à rester à l'écoute.
LE SPECTACLE
" Et je soulignerai en outre :
L'aspect inouï et irremplaçable de l'arrivée en direct dans le lieu du concert de ces impassibles horloges cosmiques qui ont franchi plusieurs années lumièresŠ
Leur confrontation inattendue à une musique qui non seulement prépare leur " entrée " sur une scène musicale et théâtrale mais dont toute l'organisation temporelle provient de leur vitesse de rotationŠ
Leur intégration à une musique spatialisée par la position des six percussionnistes et des haut-parleurs autour des spectateursŠ
La mise en scène et la mise en lumière de ces étoiles éteintes au moyen de projections et d'éclairages appropriésŠ
Le caractère à la fois musical, visuel, théâtral mais aussi festif et didactique d'un événement émouvant et exceptionnel. "
Gérard GRISEY
NOTES DE PROGRAMMES POUR LE NOIR DE L'ETOILE | début
Le ciel est un espace de bruit, de rythme et de violence.
Les grands nuages moléculaires se fissurent pour accoucher de nouveaux astres, les étoiles usées d'avoir trop brillé explosent en supernovae, les pulsars craquent et cliquètent en tournoyant, les galaxies font gicler leur gaz en immenses jets de millions d'années-lumière. Les astres ont un destin façonné par la lutte entre la gravitation et la lumière. Dans cinq milliards d'années, le Soleil aura épuisé ses réserves d'hydrogène alimentant le feu thermonucléaire qui brûle en son centre. Il se dilatera en une étoile géante rouge qui calcinera les planètes, puis se ratatinera sur lui-même en une petite étoile mourante appelée naine blanche.
Les étoiles plus massives que le Soleil connaissent une fin plus spectaculaire. Elles explosent dans une cataclysmique explosion de supernova ; leur enveloppe est soufflée dans l'espace à des vitesses de plusieurs milliers de kilomètres par seconde, tandis que leur coeur s'effondre sur lui-même pour former des résidus fantastiquement concentrés, tournant sur eux-mêmes à une vitesse folle : des étoiles à neutrons, qui se révèlent aux astronomes sous forme de pulsars en émettant de brèves impulsions périodiques dans le domaine radio. Parfois même, les étoiles effondrées peuvent engendrer des trous noirs, dont même la lumière ne peut plus sortir.
Les pulsations électromagnétiques d'un pulsar reçues par un radiotélescope tel celui de Nançay peuvent être transformées en signaux sonores ; il s'agit là d'une opération de décodage simple, exempte de manipulations de studio. L'auditeur perçoit alors le rythme brut d'un pulsar qui a mis plusieurs milliers d'années pour parvenir sur Terre. L'expression " son des pulsars " est bien entendu métaphorique. Les ondes acoustiques ne se propagent pas dans le quasi-vide interstellaire. En revanche, les ondes électromagnétiques - lumière visible ou invisible à nos yeux - nous parviennent des astres les plus lointains et jouent le rôle du son. Le chant du ciel est un chant de lumière. Les astronomes ont des oreilles géantes pour écouter le ciel et enregistrer son cri. Ils ont construit des télescopes pour capturer la lumière visible ; puis ils ont inventé des radiotélescopes, ils ont lancé en orbite au-dessus de l'atmosphère des détecteurs de rayonnement X, gamma et infrarouge.
Si l'oeil humain ne perçoit que deux octaves de rayonnement électromagnétique, les instruments modernes en détectent cinquante-deux. Le magnétophone de l'astronome embrasse donc aujourd'hui tout le spectre. C'est comme si l'on pouvait écouter tous les sons de la planète : un arbre qui craque dans la forêt de Sibérie, un robinet qui fuit dans un appartement de San-Francisco ou une sagaie qui siffle dans une vallée de la Nouvelle-Guinée.
La musique de Grisey est bien à l'image des astres : tour à tour rythmique, violente, lancinante, hoquetante, incessamment recommencée. Parfais reflet de l'astronomie moderne, qui a dévoilé la fureur cosmique et renvoyé la fragile harmonie des sphères de Pythagore et de Képler dans la cohorte des illusions d'une humanité innocente et ignorante.
L'univers n'est pas nécessairement confortable, la musique d'aujourd'hui non plus. Mais ce sont notre univers, notre musique. Il faut savoir les reconnaître ; comprendre leur structure, puis oublier toute analyse, toute dissection, et ne plus laisser fonctionner que la peau, les nerfs, le coeur, les serviteurs physiques. Car l'être est dans ce lieu mystérieux - minuscule mais ô combien important - où se niche la sensibilité... Une nouvelle harmonie est enfouie dans cette trépidation des sons et des rythmes, dans cette incessante fécondation des étoiles par les étoiles, des sons par les sons.
JEAN-PIERRE LUMINET
BIOGRAPHIES | débutJEAN-PIERRE LUMINET Astronome et écrivain. Depuis 1979, chercheur au C.N.R.S et à l'observatoire de Meudon, spécialiste de la relativité générale et de ses applications à l'astrophysique et à la cosmologie.
Jean-Pierre Luminet a effectué des séjours de recherche au Brésil, en Chine, au Japon, et en 1989-90, il a travaillé à l'Université de Berkeley en Californie. Il a écrit de nombreux articles de recherche pour des revues spécialisées, des textes de vulgarisation scientifique pour les journaux, dictionnaires et encyclopédies, et des scénarios de films. Il a publié " Les trous noirs " aux Editions Belfond-Sciences (1987, traduit en plusieurs langues), les recueils de poèmes " Elle, suivi de rythmes " aux Editions La Coïncidence (1980) et " Griphes , suivi de Topiques " chez Gérard Oberlé (1989). Ses textes ont plusieurs fois été mis en musique par des compositeurs.
Jean-Pierre Luminet est également dessinateur (exposition " Deux dessinateurs de l'imaginaire ", Bibliothèque du Trocadéro, 1982) et musicien.
CLAUDIA DODERER Claudia Doderer est née à Wiesbaden en 1957. Elle étudie à Berlin à la Hochschule für Bildende Künste auprès d'Achim Freyer dont elle devint l'assistante.
De 1983 à 1985, elle travaille comme décoratrice aux Wuppertaler Bühne où elle assure notamment la direction de productions telles que Lebewohl, Gute Reise de Gertrud Leuteneggers (création mondiale), Familie Schroffenstein (Von Kleist), Schadenfreunde (J.Herzberg) et Le Petit Prince (Saint-Exupéry).
En 1984, elle conçoit les décors pour les Nozze di Figaro à la Monnaie (ultérieurement au Norkse Opéra d'Oslo).
Productions récentes : Das singende Springende Löweneckerchen (Barbara Honigmann d'après Grimm), le ballet Erben der Schöpfung d'E.Muller au Staatstheater d'Aix-la-Chapelle ainsi que Orfeo et Eurydice de Chr.W.Gluck.
Depuis 1985, Claudia Doderer réside à Berlin et travaille en free-lance comme peintre et décoratrice.
PRODUCTION | débutConception et composition musicale Gérard Grisey
Réalisation et interprétation Les Percussions de Strasbourg
Texte liminaire Jean-Pierre Luminet,
dit par André PomaratMise en espace sonore Oton Schneider
Conseiller scientifique Jean-Pierre Luminet (observatoire de Paris) et Gabriel Bourgeois (Radiotélescope de Nançay)Décor, scénographie Claudia Doderer avec le concours de Klaus Dreissigacker (architecte) et de Klaus Bollinger (ingénieur)
Une production des Percussions de Strasbourg.
Avec l'aide du Ministère de la Culture (Direction de la Musique), de la Ville de Strasbourg, de la Région Alsace, du Département du Bas-Rhin
Avec le concours de la SACEM
Le Noir de l'Etoile a été créé le 16 mars 1991 à Bruxelles, Halle de Schaerbeeck dans le cadre du Festival Ars Musica.
Commande conjointe du Ministère de la Culture et des Percussions de Strasbourg à Gérard Grisey. Avec le soutien de la Caisse des Dépôts et Consignations.
avec l'aimable autorisation des Editions Ricordi, Paris