Paul Méfano (rubrique publiée en 1999)

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mise à jour : 1 Septembre 2002

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Paul MéfanoLa fougue et la maîtrise

Dans le panorama de la musique contemporaine française Paul Méfano occupe une place bien à part. Déjà son maître Olivier Messiaen l'a décrit comme "inquiet, intense et toujours à la recherche de solutions radicales". Sa conception de l'art, à la fois intuitive et intelligente, reste sur le fond poétique et intimiste, ce qui explique son indépendance vis-à-vis de la musique spectrale et autres mouvements comportant un fort dosage du théorique. Son esprit d'ouverture, son inclination naturelle d'être à l'écoute des autres se reflètent soit dans son propre art toujours renouvelé, soit dans son action en faveur des génies excentriques tels Wyschnegradsky, Scelsi et Barraqué et de ceux parmi ses collègues qui partagent son goût d'indépendance tels Alain Bancquart et Brice Pauset. Le rétablissement des compositeurs martyrs de Terezin, en premier lieu Gideon Klein, est dû en grande partie à ses efforts passionnés. Faut-t-il s'étonner alors de son ascendance sur les jeunes de sa profession ?

Ce disque, le troisième d'une série consacrée à Paul Méfano, contient six pièces pour moyens réduits. Pourtant, il ne s'agit pas de musique de chambre dans le sens classique du terme. On y chercherait en vain l'intimité conversationnelle. Les paroles de Galina Ustvolskaya "Ma musique n'est jamais de la musique de chambre" peuvent s'appliquer aussi à l'oeuvre de Méfano, bien qu'Ustvolskaya fasse appel au rituel dans sa tentative d'endiguer l'élan confessionnel, alors que Méfano préfère se fier aux gestes de son imaginaire théâtral. Et en fait c'est l'aulodie éperdue qui domine chez Méfano tout comme à l'aube du premier baroque sur la terra firma vénitienne et, plus proche de nous, chez le Vénitien de Darmstadt : Bruno Maderna, dont la virtuosité vocale et instrumentale est mise au service de l'invention la plus haute et la plus fantastique. Une virtuosité loin de la Weitmelodik liée à la gamme bien tempérée de l'époque post Webernienne. Ici, aucun recours à un ars permutandi apte à conjurer les résidus tonals : plutôt sons multiples aux riches implications modales, inflexions microtonales qui s'insèrent suavement dans les parcours mélodiques tout en déblayant la voie à une caisse harmonique plus nuancée, à une ligne plus compacte et expressive - pour que renaisse le chant orphique.

Il va sans dire qu'une telle virtuosité a besoin d'interprètes d'exception, pas seulement après mais aussi pendant l'élaboration des partitions. Méfano a toujours su établir des complicités créatives avec des musiciens parmi les plus intelligents et les plus doués de notre temps.

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