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Paul
Méfano disque 2e2m 1012 |
bisbigliando.com | |||||||||||||||||||||||||||
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disque 2e2m 1012
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Basson et hautbois appartiennent aux instruments à lent parler, aux accents également pastoraux, soit dans la langueur, soit dans la jubilation, exclus systématiquement des rôles solistes par la seconde école viennoise. Les compositeurs français par contre n'ont jamais renié leur amour séculaire pour les anches doubles. Dans le processus d'aggiornamento le basson, qui a un fond d'irréductible dans son adorable caractère, est resté loin derrière le hautbois. C'est avec Michel Tavernier - contrebassonniste et interprète longtemps priviligié dans l'Ensemble 2e2m et ami de toujours - que Paul Méfano a effectué ses recherches acharnées, bien qu'Alexandre Ouzounov ait écrit un traité sur les sons multiphoniques et joué la première esquisse de Scintillante en public. Ce sont pourtant juste ces sons multiples dont l'instrument est relativement avare que brandit si efficacement le compositeur en alternance avec des trilles "bisbigliando" où le basson se révèle delicat et fugitif autant que la harpe, trilles rendus instables par l'usage successif de doigtés alternatifs et donc qui scintillent d'une lueur intermittente électronique : perle noire, basalte laminé - qui donne à cette pièce son profil timbrique et en grande partie son atmosphère expressive. Vivaldi et les autres vénitiens ont fait du basson le porte-parole de la nuit lunaire et capricieuse, fonction renouvelée dans l'iconologie classique par le vénitien adoptif Niccolò Jomelli. C'est dans cette tradition-là que Scintillante trouve une place inattendue. Des échantillons, puisés tantôt dans le synthétiseur, tantôt dans le basson lui-même, s'unissent à rédiger l'austère lexicon du clavier midi. De temps en temps arrive un "riff" qui met en paragraphe le monologue que traque de plus près la présence électronique comme un continuo surréel ou comme l'équivalent auriculaire d'un miroir déformant qui tire jusqu'au cliquetis des clefs dans son jeu malin d'imitation. L'éloquence ombrageuse de Scintillante incarne à merveille cette mélancolie claire-obscure si typique de l'art de Méfano. L'oeuvre est dédiée à l'épouse du compositeur, Marie-Françoise Méfano, mère de Lucie.
Mémoire de la porte blanche pour piano | retour
Une des rares pièces pour piano solo dans le catalogue de Méfano, telle est son assurance et telle sa fraîcheur que l'on fait le voeu que d'autres vont bientôt la suivre. Le titre relève du poète Marie-France Rose et parle le langage de l'énigme symboliste. L'écriture pianistique au graphisme savamment dépouillé révèle quelque affinité avec les Etudes de Debussy, mais l'alerte sensualité de certains passages semble plus proche de La fauvette des jardins de Messiaen qu'à n'importe quelle partition de l'avant-garde officielle. L'extrême souplesse rythmique, si typique de l'art de Méfano en général, lui permet de brandir une palette tant soit peu impressionniste sans la moindre trace ni d'indulgence, ni de complaisance, tout comme Nicolas de Staël a su adapter les couleurs du dernier Monet à un discours houleusement abstrait et informel, à force d'un trait nerveux et imprévisible. Il s'agit d'une maîtrise des plus hautes et en fait Mémoire de la porte blanche est une des pièces pour piano les plus réussies de ces dernières années. C'est aussi un portrait musical étonnant de l'interprète de cet enregistrement, Jacqueline Méfano, qui met pleinement en valeur sa capacité de transformer le tracé d'une ligne mélodique en ce qui ressemble à l'ombre de l'ineffable qui passe à fleur d'eau.
Asahi pour hautbois et dispositif électronique | retour
Bien que ce soit Heinz Holliger qui ait doté le hautbois moderne d'une panoplie de techniques avancées capables de satisfaire les compositeurs aux tendances les plus disparates de la musique contemporaine, Asahi se situe plus proche en esprit de Maderna qui a aimé l'instrument au point de lui dédier trois concertos. Pourtant, l'atmosphère si particulière d'Asahi - Asahi : l'Orient - Le pays du soleil levant - vient de la tentative - merveilleusement réussie d'ailleurs - de réinventer la voix de l'instrument selon le jeu des timbres des flûtes orientales. Une tentative menée à bien avec le prestigieux hautboïste français Maurice Bourgue ici complice de Paul Méfano. La tenui avena arcadienne du hautbois philharmonique qui faisait les délices des impressionnistes cède, grâce en partie à l'emploi savant des doigtés alternatifs, au son rustique des instruments traditionnels. Grappes et rafales d'appoggiatures en interrompant la coulée lyrique à l'image d'un piobaireachd oriental connu du seul compositeur, achèvent ce qui pour l'oreille est devenu le plus suave des méta-instruments, caché comme une fée dans le hautbois de toujours.
Dragonbass pour voix de basse, 2 saxophones ténors, échantillonneur et dispositif électronique | retour
Dragon à tour de rôle féerique, folklorique, grand-guignolesque, alchimique ; cette cantate volontairement bizarre, plutôt incantation qu'exorcisme, emploie des moyens électroniques pour multiplier et réfracter non seulement la voix de basse - ici la voix extraordinaire de Nicolas Isherwood - mais aussi l'image poétique du dragon, elle-même présentée par un montage d'épithètes, d'anecdotes et de descriptions puisées dans une pluralité de langues, de traditions y compris bien sûr la formidable tarasque de Tarascon : Io te tarascunarai ! C'est tout comme si l'haleine ardente du dragon se nourrissait de ses traces dans les textes de ceux qui l'ont vu ou ont été visités par lui dans l'intime de leurs imaginations. En fait, textes, mots et jusqu'aux phonèmes n'apparaissent ici, si ce n'est encadrés par des contextes musicaux spécifiques. Ainsi va-t-il de la séquence La Gargouille - La grande Goule - Le Groli - Le Graüli, liée à une progression descendante avec la mention "enchaîner arpégé". Ces panoplies constellaires sont réaffirmées à chaque tournant, au fur et à mesure que la pièce évolue dans une arborescence d'échos appliquée directement à la voix de basse par un Lexicon PCM 70. Ce que chante le soliste en direct est toujours transformé, alors que par contre ce que joue le clavier est toujours retransmis sans transformation. Un autre aspect soigneusement guidé de Dragonbass est constitué par l'iter du duo pour saxophones, entamé en douceur sous la fantaisie mélismatique du soliste avant de se déchaîner en délire tellurien, marqué de sauts asymétriques vite désaxés par un jeu de gammes fragmentaires et chromatiques, suivi d'une pulsion inégale de notes rebattues, le tout balayé par gammes et arpèges avant d'être emporté dans un tourbillon de souffle. S'ensuivent les paroles mystérieuses: Le dragonneau ailé à crête est lié au monde Ouranien avant que la "cantate" ne prenne fin dans une vocalise - sarcastique et volubile - aux allures chimériques.
La matrice des vents pour shô | retour
Depuis que Mayumi Miyata est venue la première fois à Darmstadt, plusieurs compositeurs occidentaux ont écrit des pièces pour shô en suivant l'exemple de leurs collègues au Japon. La plupart de ces pièces sont de caractère méditatif et évoluent d'une manière qui se veut atemporelle. Nul doute qu'il y a une idée de Zen dans une telle stratégie puisée soit de Watts et Cage, soit d'une source plus respectable. Nul doute non plus que l'union mercuriale du nerveux et du sensuel dans la musique de Paul Méfano n'exige une autre solution. Le compositeur a cherché cette solution dans l'élaboration de sept voix électroniques qui ressemblent à s'y méprendre à l'orgue à bouche de nos quartiers populaires - modeste cousine du shô - mais dotée ici d'une quantité infinie de souffle. Quant au shô protagoniste, il est comme volontairement cerné par ce monde luisant - otage complice et donc ayant droit à un traitement spécial. Pendant 22' 30'' la partition se déroule d'une manière linéaire, mais au-delà de ce point les paramètres de l'interaction se dénouent progressivement et la soliste commence à se frayer un passage au travers du labyrinthe de sa captivité. Avec son assiduité habituelle, Méfano a créé une "version précise" de la Matrice des vents pour cet enregistrement. La pièce veut s'inscrire "dans un projet sculptural monumental au bord de l'Atlantique aux confins des Landes" - autrefois un pays de dunes mouvantes et donc capable d'appuyer un contrepoint de sable et métal. D'où les mots "soudre" et "oxydation" qui figurent dans l'introduction technique du compositeur. Loin, très loin du monde japonais. Mais est-ce vraiment le cas ? Puisque le monde de la haute culture orientale s'exprime autant à travers le pathos navrant des poèmes choisis par Mahler pour Das Lied von der Erde ou les amants aux destins pitoyables du théâtre Bunraku ou Nô, qu'à travers les murs blanchis des monastères et les jardins parsemés de sobres pierres de la tradition Zen. On peut concevoir le shô comme une âme vivante en proie à quelque haut destin exprimé par ces vents qui soufflent là où il leur plait, soit aux bords de l'Atlantique, soit aux bords du lac Biwa.
Périple à deux pour saxophones alto et contrebasse | retour
Périple à deux est une tentative plus ambitieuse de créer un méta-instrument que ne l'était Asahi. Ici nous avons une cornemuse de l'ère spatiale dont le chantre est un saxophone alto et dont le bourdon est un saxophone contrebasse. Bien sûr, la teneur se meut comme dans un rêve, un souvenir ancien, alors que les languides mélismes chromatiques de la voix en déchant semblent flotter au-dessus.
Jusqu'à la section finale, la plus courte de la pièce - vif et glapissant - les deux instruments convergent dans une violente frénésie apparentée à celle que l'on trouve dans Dragonbass. Périple à deux est l'une des tentatives les plus réussies d'harnacher les propos expressifs à la panoplie de nouvelles techniques imaginées pour le saxophone par Daniel Kientzy. Ecrite pour le soixante-dixième anniversaire d'Olivier Messiaen, Périple à deux fait partie de tout un parcours de Périples de un à quatre exécutants.
Tristram Pugin
