|
Suzanne Giraud (rubrique publiée en 1999) |
bisbigliando.com | |||||||||||||||||||||||||||
![]() |
|
| ||||||||||||||||||||||||||
|
Suzanne Giraud étudie la musique au Conservatoire de Strasbourg puis au CNSM de Paris. Parmi ses maîtres se trouvent M. Constant pour l'orchestration et C. Ballif, H. Dufourt, T. Murail, F. Donatoni et B. Ferneyhough pour la composition. Elle se forme aux techniques électro-acoustiques et à la composition assistée par ordinateur à l'Ircam, aux ateliers Upic et au Grm. Boursière de l'Accademia Chigiana de Siena, puis pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, elle participe aux cours internationaux d'été de Darmstadt comme conférencière et comme compositeur invité. Elle enseigne l'harmonie et le contrepoint au C.N.S.M. de Paris, jusqu'en 1993. Elle coproduit des émissions radiophoniques sur France Musique et écrit des articles de présentation musicale pour le centre Georges-Pompidou. Prix G. Bizet (Acadadémie des Beaux-Arts), G. Enesco (Sacem), Tribune internationale (Unesco), sélectionSimc (2 fois) et Institut français de La Haye. Commandes : Musique nouvelle en liberté, Radio France, Eic, Ensemble TM+, festival Musica, festival Perpignan, festival Dresde, fondation L. Vuitton, ministère de la culture. Les partitions de
Suzanne Giraud procèdent d'une poétique de
l'épreuve. L'inspiration s'arc-boute à une
rigueur qui lui sert constamment d'appui et de repoussoir.
L'oeuvre tire son ressort du jeu de ces tensions pour
parvenir à des moments de simple émotion, d'un
climat très personnel, translucide et
décanté. To One in
Paradise 24 Septembre 1999
à (20h) |
ee
|
La voix et l'orchestre sont mes deux paradis. Ayant le projet de les réunir, je rêvais en me promenant, le long des Corderies Royales de Rochefort. J'entrai par hasard dans l'un de ces curieux bâtiments du XVIIe siècle, tout en longueur. Une librairie y avait pris place, quasi déserte. C'est là que j'eus le coup de foudre pour le recueil des poèmes d'Edgar POE traduits par Mallarmé, non qu'il s'agisse pour moi de poèmes en eux-mêmes excellents, mais mon songe de voix et d'orchestre, bercé par ces quelques pas perdus au bord de la mer trouva dans ces pages négligemment feuilletées un point de chûte, un écho à ses divagations. La confusion entre la vie et la mort, l'amour absolu, désincarné, pour le spectre d'une créature idéale, la mélancolie renvoyée à un passé intemporel, mais toujours noble, colorent l'écriture de Poe d'une puissante atmosphère. Je suis loin d'être la première à avoir tenté de produire quelque étincelle en frottant ma façon musicale à cette poésie (Caplet, Debussy...). Ses vers trop rythmés, ses allitérations trop appuyées m'ont laissée seule devant mes choix en bien des endroits. J'ai obéi à mon instinct d'opposer au paradis d'une voix à peine ombrée de textures distendues les massives contre-courbes d'un orchestre sauvage et acide, qui ne fusionne que pour étoiler l'assomption des deux derniers vers. Pendant que je travaillais à cette oeuvre, mon ami Gérard RIPPE, qui, coïncidence, relisait Edgar POE dans le loisir que lui laissait l'achèvement de sa thèse sur Padoue au Moyen-Age, est décédé brutalement dans sa cinquante-cinquième année. Je fais partie de ceux, amis, collègues, étudiants, que sa disparition laisse inconsolables. Sylvie SULLÉ, sa voix magnifique, son enthousiasme et sa précieuse attention m'ont soutenue tout au long de ce cheminement. Suzanne Giraud |