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septembre 2005 : France musique a perdu son "s" et retrouvé sa singularité, si ce n'est dans ses programmes, au moins dans son titre.

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mise à jour : 2 Juillet 2007

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FRANCE MUSIQUES, LE "S" DE LA DEMAGOGIE

Bien que France Musiques s'écrive désormais avec un s, la nouvelle grille de cette station se caractérise surtout par sa politique de fermeture du fait de l'abandon quasi total de la diffusion de la musique écrite d'aujourd'hui, ce qui met en danger la création musicale contemporaine.

Que France Musiques s'ouvre au rock et à la techno, pourquoi pas. Mélange et hybridation font partie de la musique écrite qui, de Bach à Ligeti, a toujours su intégrer les musiques populaires. Il se trouve malheureusement que l'ouverture se fait toujours dans le même sens : à savoir l'accueil des musiques commerciales au détriment des musiques savantes. Qu'il y ait du rock et de la techno sur France Musiques, soit - mais qu'on diffuse alors de la musique contemporaine sur France Inter ou sur FIP !

Tout en désignant les compositeurs d'aujourd'hui comme faisant partie d'un «lobby», le nouveau directeur de France Musiques se plie à l'effet de mode et à l'idolâtrie de l'art le plus commercial, production qui vise à satisfaire le plaisir du plus grand nombre sans le moindre effort. La nouvelle programmation, pour enrayer la baisse d'audience de France Musiques, et sous prétexte de compétitivité, tente un rajeunissement par la confusion des genres musicaux au détriment de sa mission de service public.

La musique écrite n'a pas pour but immédiat la rentabilité commerciale. Les oeuvres du répertoire qui sont les grands «classiques» d'aujourd'hui ont été des créations souvent mal acceptées en leur temps. Sans l'acharnement conjugué des compositeurs et des interprètes, ce répertoire ne se renouvellerait pas. La création d'oeuvres nouvelles est donc un chaînon primordial dans la transmission du patrimoine culturel. Le sacrifier revient à condamner l'avenir.

La nouvelle grille de France Musiques réduit son rôle à celui d'un diffuseur de musiques : rock, chanson, musique de film ou musique classique. Le discours qui les accompagne laisse sous-entendre que toutes les formes d'expression de la musique remplissent les mêmes fonctions.

Et comme pour confirmer cette confusion, le temps d'antenne dévolu aux émissions qui présentent, expliquent et commentent la musique a été considérablement réduit. Seuls les «pros du micro» officient désormais et tiennent sous contrôle les spécialistes dont les interventions sont limitées. Comme sont encore plus rares et limitées les émissions de musique contemporaine, sans doute jugées trop bavardes ou trop spécialisées.

La situation ne peut que s'aggraver depuis que la direction de Radio France a séparé l'antenne de France Musiques de ses différentes formations (Orchestre National, Orchestre Philharmonique, Choeurs et Maîtrise). Dorénavant, elles donneront leurs concerts en marge d'une station qui choisira ceux qu'elle veut retransmettre, quitte à couper ici ou là telle oeuvre qui ne la satisferait pas. Dans cette perspective, on peut être sûr que la musique contemporaine fera les frais de ces décisions arbitraires.

C'est pourquoi nous demandons :

- que soit reconsidérée la séparation de France Musiques de la direction de la musique de Radio France (concerts, orchestres, commandes d'oeuvres nouvelles, etc...) ;

- que le temps de diffusion de la musique contemporaine soit augmenté sensiblement ;

- que les émissions de musique contemporaine ne soient plus diffusées à des horaires qui la condamnent à la confidentialité ;

- que les émissions qui commentent et expliquent les oeuvres diffusées soient rétablies à l'antenne.

Par ailleurs, il est grand temps que les pouvoirs publics réexaminent le budget de Radio France afin d'augmenter la diffusion des enregistrements de concerts externes à Radio France, en France ou à l'étranger.

France Musiques doit garder son identité de radio de service public qui diffuse l'ensemble des musiques savantes, qu'elles soient du répertoire ou contemporaines, occidentales ou extraeuropéennes. Cette station unique en son genre est un outil de diffusion et de démocratisation qui permet, à qui le veut bien, d'entendre une autre réalité musicale, non directement assujettie aux lois du commerce et de l'industrie. Comme telle, elle doit rester un lieu de résistance face aux diktats de plus en plus envahissants des «lois du marché» et du «réalisme économique».

La confusion des genres musicaux est l'arme absolue de ceux qui veulent censurer les musiques écrites au profit des musiques commerciales. Restreindre le temps d'antenne des musiques savantes est une grave atteinte au pluralisme culturel, à la liberté d'expression et, en définitive, à la démocratie.

Osons véritablement la différence, choisissons non pas le «tout culturel», mais la culture pour le plus grand nombre. Et reprenons la formule d'Antoine Vitez : «Elitisme pour tous»

 

signé par près de 500 personnalités de la musique et de la culture en France et en Europe
à l'initiative de Georges Kan