Ensemble Stravinsky - concerts 2001-2002

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saison 2001/2002
concert du 26 mars 2002
concert du 7 novembre 2001


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mise à jour : 2 Septembre 2002

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saison 2001/2002

concert du mardi 26 mars 2002 : Campo, Ravel, Maresz, Schoenberg
Arsenal de Metz - salle de l'Esplanade

direction artistique : François Narboni
direction musicale : Jean-Pierre Pinet

soprano : Isabel Soccoja
mezzo-soprano : Michèle Massina


Programme

Régis Campo Dove sono ?..
Maurice Ravel Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé
Yann Maresz Entrelacs
Arnold Schoenberg Pierrot Lunaire

Pour son deuxième concert de la saison à l'Arsenal, l'ensemble Stravinsky, continue son exploration de la musique moderne et contemporaine en mélangeant deux grands classiques du XXe siècle, les Trois Poèmes de Mallarmé de Maurice Ravel et le désormais mythique Pierrot Lunaire d'Arnold Schoenberg avec deux oeuvres récentes, Dove sono ?.. de Régis Campo (né en 1968) et Entrelacs de Yann Maresz (né en 1966).

Composé en 1912 à l'intention de la diseuse de cabaret berlinoise, Albertine Zehme, Pierrot Lunaire utilise un style vocal très particulier, le sprechgesang, à mi chemin entre la voix parlée et chantée. L'oeuvre réussit l'exploit, avec seulement cinq instrumentistes, de présenter une combinaison instrumentale différente dans chacun des vingt et un poèmes qui la constitue. Bientôt un siècle après sa création, Pierrot Lunaire continue de nous subjuguer par son étrange et fascinante beauté.

En 1913, stimulé par le récit que Stravinsky lui fait du Pierrot Lunaire qu'il vient d'entendre à Berlin, en particulier par son écriture instrumentale pointilliste, Ravel compose les 3 Poèmes de Mallarmé pour voix de mezzo-soprano et neuf instruments. L'oeuvre utilise deux poèmes de jeunesse de Mallarmé, Soupir et Placet futile, et le plus tardif Surgi de la croupe et du bond, d'une obscurité sublime. Avec le Prélude à " l'après-midi d'un faune " de Debussy, rarement oeuvre musicale n'aura si prés côtoyé la pureté d'expression revendiquée par le poète.

Yann Maresz et Régis Campo appartiennent à une nouvelle génération de compositeurs, toute entière pénétrée des acquis de la musique contemporaine et, en même temps, débordant largement le cadre de celle-ci par la pluralité de ses influences esthétiques et la liberté de son langage.

Considéré par Edison Denisov comme "l'un des compositeurs les plus doués de sa génération", Régis Campo fait entendre avec Dove sono ?.. (1995-2000) une musique aux sonorités étranges, pleine de la vivacité rythmique et du caractère ludique qui le caractérisent.

Formé au jazz, guitariste professionnel, unique élève de John Mac Laughlin dont il fut aussi l'arrangeur, Yann Maresz, auteur entre autres du désormais classique Metallics pour trompette et électronique, propose avec Entrelacs, écrit en 1998 à l'intention de l'Ensemble Intercontemporain, une oeuvre toute ravélienne dans sa volubilité et sa souplesse instrumentale.

François Narboni

 

concert inaugural du mercredi 7 novembre 2001
Arsenal, salle de l'Esplanade

oeuvres de Boulez, Stravinsky, Narboni, Hurel

directeur artistique : François Narboni
directeur musicale : Jean-Pierre Pinet
administrateur : Daniel Duplaix

Résidence Philipe Hurel
Ce premier concert de l'ensemble Stravinsky s'inscrit dans le cadre de la résidence Philipe Hurel à l'Arsenal de Metz. A cette occasion, l'ensemble a choisi de reprendre une des oeuvres principales du compositeur,
Pour l'image.

Pierre Boulez Dérive I (1980-1984)
Igor Stravinsky Suite de l'Histoire du Soldat (1918-1920)
François Narboni Les Animals (1995) - contrebasse principale : Didier Meu
Philippe Hurel Pour l'image (1986-1987)

Contrebasse principale : Didier Meu
Direction : Jean-Pierre Pinet

 

Pierre Boulez (1925) : Dérive, première version pour six instruments

Plus qu'aucun autre titre, Dérive exprime bien le principe de germination qui caractérise la pensée musicale de Pierre Boulez. Reprenant souvent, tel une Pénélope, un fragment d'oeuvre ancienne qu'il greffe pour donner " naissance à une autre plante ", le compositeur se place délibérément dans le sillage de la Plante originelle de Goethe dont parle souvent Webern, " toujours autre et, cependant, toujours la même " (in Chemin vers la nouvelle musique).

Ainsi, Dérive 1 pour six instruments s'inscrit dans une série de pièces &emdash; Messagesquisse pour violoncelle solo et six violoncelles (1976) et Répons pour six solistes, ensemble instrumental et dispositif électroacoustique (1981-86) construites sur un même matériau harmonique issu du nom solmisé de Paul Sacher, dédicataire de Messagesquisse. De même, Dérive 1 est une oeuvre in progress qui engendre deux autres Dérives : Dérive 2, pour onze instruments (1988-93) est une étude sur les périodicités qui explore de façon systématique les décalages rythmiques, les superpositions de vitesses différentes et les changements de tempi ; en projet, Dérive 3 pour cuivres et percussions est en marge de Visage nuptial dont il exploite certains arpèges confiés aux cors.

Dérive 1 entretient dans une texture continue une alternance de groupes de petites notes rapides et de tenues trillées ou non qui finissent par emplir tout l'espace. D'une première partie au caractère agité et instable, on chemine vers une texture plus étale menant à l'apaisement final toujours en suspension comme ouvert à de nouvelles dérivesŠ

Tel quel, on pourrait appliquer à l'oeuvre boulézienne ce que Julien Gracq écrit à propos de La Recherche du temps perdu : " L'impératif génétique de multiplication et d'enrichissement prédomine dans le livre à tout coup sur celui d'organisation. [Š] Un monde sans destination et sans hiérarchie, uniquement animé de son infinie capacité de bourgeonnement intime ".. (in En lisant, en écrivant).

Eurydice Jousse

 

Igor STRAVINSKY (1882-1971) : " Suite de l'Histoire du Soldat "

Mélodrame pour trois personnages et un narrateur, inspiré du conte populaire russe d'Afanasiev, Le Déserteur et le Diable, L'Histoire du Soldat mêle étroitement musique de scène, narration, dialogues parlés, danse et mime. Si elle s'inscrit dans la descendance du ballet Petrouchka par ses emprunts aux traditions populaires, l'oeuvre, conçue en 1918 par Stravinsky et Ramuz dans l'esprit du théâtre ambulant, est avant tout marquée par la première guerre mondiale et les désenchantements du monde moderne.

Purement instrumentale, la Suite de l'Histoire du Soldat retient de la version scénique de l'ouvrage la quasi totalité des morceaux. La formation instrumentale, volontairement réduite, est influencée par la musique de jazz et les orchestres populaires (cirque, cabaret, fanfare, etc.). Elle fait la part belle aux cuivres, avec l'emploi particulier du cornet à pistons, et à la percussion. Attribut principal du héros, le violon est traité au mépris de toute la tradition classique : " Son jeu constitue l'idéogramme de la musicaillerie, de la violonerie et des violoneux " (Boucourechliev).

Avant même l'entrée en néo-classicisme marquée par Pulcinella (1919), Stravinsky, outre les formes contemporaines qu'il utilise (tango, ragtime), semble interroger déjà les formes du passé (marche, valse, choral).

Les trois Marches jalonnent l'histoire de Joseph le soldat, depuis sa rencontre avec le Diable jusqu'au triomphe de ce dernier. Expression de la déambulation du soldat démobilisé, la marche, par sa pulsation basique, va être pour Stravinsky le laboratoire d'un étonnant travail rythmique, comme en témoigne la " Marche Royale ", dans le style d'un paso doble espagnol. De la même manière, s'il garde des trois danses leur carcan rythmique originel, il ne donne du tango, de la valse et du ragtime qu'une version fantomatique et brisée. Quant au choral, utilisé surtout pour sa connotation religieuse &emdash; c'est le moment où le soldat tombe aux pouvoirs du diable, il n'évoque que lointainement l'archétype bachien par sa verticalité et son découpage en périodes.

Eurydice Jousse

 

François NARBONI (1963) : Les Animals pour contrebasse principale, ensemble instrumental et cris d'animaux échantillonnés

" A partir de l'échantillonneur, les claviers électroniques font entendre exclusivement des sons animaliers prélevés dans différents milieux naturels. Ces sons, transcrits en notation musicale, sont reproduits le plus fidèlement possible par les instruments, à l'unisson des claviers électroniques.

Il s'agit moins là d'imitation que de l'apport d'éléments extra-musicaux à l'univers instrumental. Cette matière étrangère imprègne non seulement les paramètres musicaux traditionnels (forme, rythme, harmonie et timbre, mélodie), mais exacerbe aussi la dimension théâtrale latente du phénomène sonore.

Les essais de Konrad Lorenz, ainsi que mes propres observations d'un couple de canards colvert dans les bassins de la Fondation Royaumont, m'ont suggéré des rapprochements nombreux entre les comportements animal et instrumental.

L'instrument principal, la contrebasse, joue un rôle essentiel dans la fusion des deux univers. Miroir de l'orchestre, dont elle est, comme dans le jazz, la colonne vertébrale &emdash; car on ne peut écrire pour la contrebasse sans penser à Charlie Mingus, Ron Carter ou Gary Peacock &emdash; elle reflète aussi bien les sons instrumentaux qu'animaliers qui, tout à la fois, sont déclenchés par elle et convergent en sa direction. "

François Narboni
(notes du programme de la création)

 

Philippe HUREL (1955) : Pour l'image, pour ensemble

Pour l'image marque sans doute dans la production de Philippe Hurel le début de l'affirmation d'un style propre conjuguant l'apport essentiel de la musique spectrale &endash;initiée par Gérard Grisey et Tristan Murail dans les années soixante-dix &endash; à un travail personnel extrêmement poussé sur la variation rythmique. On en retrouvera les infinis développement dans les principales oeuvres suivantes : les Six miniatures en trompe-l'oeil pour ensemble (1990-91) et Leçon de choses pour ensemble et électronique (1993) ; plus récemment encore, dans Flash-back pour orchestre (1998) et les Quatre variations pour percussion et ensemble instrumental (2000) .

Très attaché à la notion de " trajet parcouru " mise en oeuvre dans le spectralisme, Philippe Hurel cherche à rendre identifiables, au cours de l'oeuvre, des éléments déjà entendus. " Durées, hauteurs et timbres, explique le compositeur, peuvent se modifier d'une variation à l'autre sans que la perception globale du processus commun en soit altérée. "

Dans Pour l'image, quatre types principaux de transformation sonore s'enchaînent de manière quasi-organique : mélodies microtonales en boucle s'intensifiant peu à peu ; fusion de lignes mélodiques et de timbres individualisés en une nappe sonore étale et dense ; éclatement du spectre harmonique dans une écriture pointilliste ; cristallisation de multiples points en de longues tenues résonnant comme des cloches. Ainsi à l'alternance traditionnelle de parties se substitue ici le passage progressif d'un état de la matière à un autre qui, renouvelé, crée la forme de l'oeuvre.

Philippe Hurel réalise dans Pour l'image un parcours alternant perception différenciée et perception globale, ligne et texture, hétérophonie et polyphonie, individualisation et fusion des timbres, et réinterprète ainsi le principe de tension/détente essentiel à toute perception musicale.

Eurydice Jousse