cd Erewhon - Hughes Dufourt
(rubrique publiée en 2000)

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Erewhon (2000) - Hugues Dufourt


Les Percussions de Strasbourg
sous la
direction de Lorraine Vaillancourt
CD Accord Una Corda Musidisc (MFA) - Universal

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mise à jour : 1 Septembre 2002

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EREWHON (1972-1976)
pour 6 percussionnistes et 150 instruments

1. Erewhon I [8'29"]
2. Erewhon II [27'06"]
3. Erewhon III [18'09"]
4. Erewhon IV [12'40"]


Aujourd'hui, Erewhon...

Plus de vingt ans après sa création, cette oeuvre reste unique en son genre, elle est même devenue un classique incontournable de la percussion du XXe siècle. Alors peut-être, au même titre qu'un symphonie de Beethoven, était-il nécessaire d'oser une nouvelle interprétation de cette oeuvre.

Les musiciens ont changé, la génération des créateurs d'Erewhon n'est plus là. Héritiers de cette oeuvre, nous avons choisi denous lancer dans une nouvelle aventure, une nouvelle découverte. Les techniques de jeu ont évolué, l'instrumentarium s'est développé favorisant ainsi une nouvelle lecture d' Erewhon.

Vingt ans après, sous la direction du chef Lorraine Vaillancourt, les Percussions de Strasbourg relèvent le défi de l'oeuvre et l'enregistrent afin d'en marquer l'empreinte dans l'histoire de la musique.

Jean-Paul Bernard, directeur artistique des Percussions de Strasbourg.

 

Hugues DUFOURT en quelques dates et en quelques mots...

Hugues DUFOURT
1943-1968 Naissance à Lyon. Etudes secondaires et universitaires à Lyon. Etudes musicales à Genève auprès de Louis HILTBRAND (piano) et de Jacques GUYONNET (écriture, composition).
1967 Agrégation de philosophie.
1968 Première création, à Genève, de "Brisants"
1973-1979 Chargé de recherche au C.N.R.S.
1975-1981 Participe aux activités de l'Ensemble L'Itinéraire.
1977 Création d'"Erewhon" à Royan, par les Percussions de Strasbourg sous la direction de Giuseppe SINOPOLI.
1979 Création de "Saturne" à l'IRCAM par l'ensemble L'Itinéraire sous la direction de Peter EOTVOS.
1980 Grand Prix de l'Académie Charles Cros pour "Saturne".
1985 Création de "Surgir" par l'Orchestre de Paris, sous la direction de Claude BARDON.
Reçoit le Prix Serge et Olga KOUSSEVITSKY pour l'enregistrement d'"Antiphysis" par l'Ensemble Intercontemporain, dirigé par Pierre BOULEZ.
1986 Exécution de "Surgir" par l'Orchestre Symphonique de Sverdlovsk, Salle Tchaïkovsky à Moscou, sous la direction d'Andréi TCHITIAKOV.
Création de "L'Heure des traces" à la Scala de Milan par l'Ensemble Intercontemporain dirigé par Pierre BOULEZ.
1982-1998 Fonde et dirige le Centre d'Information et de Documentation Recherche Musical au C.N.R.S.
Directeur de Recherche au C.N.R.S.
1989-1998 Fonde et dirige la Formation Doctorale à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales : Musique et Musicologie du XXème siècle.
1989-1999 Publication de "Musique, Pouvoir, Ecriture" chez Christian BOURGOIS
1992 Création du "Philosophe selon Rembrandt" au Festival Ars Musica de Bruxelles.
1993 Création de "The Watery Star" à l'IRCAM par l'Ensemble Fa sous la direction de Dominique My.
1994 Prix des Compositeurs de la SACEM.
1995 Création de "Dédale" à l'Opéra de Lyon sous la direction de Claire GIBAULT.
1996 Création de "Euclidian Abyss" à Milan sous la direction de Renato RIVOLTA.
1999 Trophée d'or de l'Académie du disque lyrique pour l'enregistrement de "Dédale".
Création de "La Maison du Sourd" à la Biennale de Venise par Pierre-Yves ARTAUD, flûte solo et l'Orchestre de la Fenice sous la direction de Emilio POMARICO.


Saturne - Surgir / Hughes Dufourt


Avec l'aimable autorisation des Editions Jobert.

Les oeuvres d'Hughes Dufourt sont éditées aux Editions Jobert et Lemoine

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EREWHON

"Erewhon" a été composé sur une période de quatre années (1972-1976). Cette oeuvre comprenait à l'origine cinq parties ; l'une d'elles deviendra ultérieurement "Sombre Journée".
Le cycle des quatre volets qui composent l'oeuvre a été créé lors du 14ème Festival International d'Art Contemporain de Royan, le 2 avril 1977, par les Percussions de Strabourg (à qui l'oeuvre est dédiée) sous la direction de Giuseppe SINOPOLI.
C'est une commande du Ministère des Affaires Culturelles Français.
L'oeuvre emprunte son titre au livre de Samuel BUTLER, roman satirique, décrivant une civilisation et un monde imaginaire : "Erewhon", anagramme de "Nowhere" &endash; nulle part.
L'instrumentation est basée sur l'utilisation de 150 instruments de percussion provenant de tous les continents : Afrique (tambours sahariens, bongos, tumbas), Amérique du Sud, Moyen Orient (cymbales turques), Asie (cymbales chinoises, gongs thaïlandais et philippins).
L'objectif, qui donnait au projet sa valeur symbolique, était de fondre en un seul creuset des systèmes de production de sons utilisés par des civilisations totalement différentes.
Maurice FLEURET a justement écrit en 1977 : "l'oeuvre marque une date dans l'assimilation d'une famille instrumentale que l'Occident n'avait pas encore réussi à intégrer totalement comme matériau abstractif".
Sur le plan formel, Hugues DUFOURT opère une mutation radicale dans la manière de traiter le milieu sonore spécifique à chaque instrument, prenant ses distances avec un contenu exotique, voire folklorique, et puisant à la source du timbre et de la résonnance un nouveau langage.
Sur le plan de l'écriture, cette concentration apparemment hétéroclite devait s'exprimer dans une donnée unique unificatrice, celle de la notation maîtrisant les problèmes de durée, d'intensité, de résonnances, d'expression &endash; notation qui soit lisible et explicite universellement.
Ces instruments étant coupés de leur mode de jeu traditionnel, la traduction graphique de ces techniques nouvelles nécessitait la création de nouveaux modes ludiques dans un milieu sonore encore inédit.
Les exécutants formés aux modes de jeu classiques se trouvaient astreints à inventer des comportements et à renouveler toute la gestuelle traditionnelle.

Les quatre mouvements s'articulent en deux pièces centrales aux amples développements (32 et 21 minutes) encadrées par deux pièces de moindres proportions (10 et 15 minutes) :
Dans Erewhon I, la percussion des peaux se prête particulièrement aux métamorphoses brutales ; libérées de contraintes d'échelle, elles ne s'attachent qu'à l'aspect énergétique du son.
Rythmique, métrique et dynamique sont totalement dissociés. C'est leur imbrication forcée qui crée la tension de l'oeuvre.
Hugues DUFOURT analyse et synthétise Erewhon II en "un essai de stéréodynamique fantastique". Basés sur l'utilisation des métallophones : cymbales, gongs, tam-tams, plaques de tôle, les sons composent un univers de heurts, de fractures, de tensions extrêmes où la complexité rythmique induit des phases chaotiques mais toujours scrupuleusement ordonnancées.
Erewhon III "est un paysage imaginaire à la manière d'Edgar POE, résurgence lointaine d'un écho rémanent" (Hugues DUFOURT). Les instruments à clavier : vibraphone, marimba, xylorimba, donnent la couleur du son à hauteur définie comme un concert de voix dans un monde oppressant, chargé d'angoisse, que soulignent encore les cloches et les gongs.
Erewhon IV est dépeint par Hugues DUFOURT "comme un fourmillement imperceptible, un état dynamique extrêmement ténu, formé d'une grêle d'attaques sèches et incisives sur les peaux ; cette matière est animée de gonflements très lents, de fluctuations à peine marquées, traversées ça et là de coulées métalliques diffuses".