Thierry Blondeau (rubrique publiée en 1999)

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mise à jour : 1 Septembre 2002

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André Werner
Thierry Blondeau


André et moi nous sommes trouvés et retrouvés à des étapes déterminantes pour nos évolutions respectives. D'abord en 1986 à la Hochschule de Berlin. Puis en 1995 à Rome, lui à la Villa Massimo, moi à la Villa Médicis. Ensuite à Paris où André a séjourné récemment à la Cité des Arts.

Mais, au-delà des aléas géographiques, la rencontre est plus profonde. Nous partageons le soucis permanent de la perception, de composer des sons et non des notes, d'orchestrer l'espace et enfin une grande admiration pour Karlheinz Stockhausen. Pourtant, ces idées communes produisent des musiques diverses. Ce sont précisément nos différences que nous aimons partager.

Thierry Blondeau

 


CONCERT DE L'ENSEMBLE 2E2M DU LUNDI 17 MAI 1999 A 20H
AU THEATRE INTERNATIONAL DE LA LANGUE FRANCAISE

Pavillon du Charolais (derrière la Grande Halle de la Villette)
211, Avenue Jean Jaurès - 75019 Paris - métro Porte de Pantin
entrée libre - réservation conseillée au 01 47 06 17 76

André Werner
Serenata (première audition en France)
David Simpson, violoncelle solo
Disegni (première audition en France)
Jacqueline Méfano, Martine Joste, pianos
Quintette 98 (création mondiale)
Marie Kobayashi, mezzo-soprano - Hélène Breschand harpe, Sona Khochafian, violon - Claire Merlet, alto - David Simpson, violoncelle

Thierry Blondeau
Ici et là II
Pierre Roullier, flûte - Rodolphe Bourotte, ingénieur son
Non-lieu
Vincent Maurice, guitare amplifiée
Ups and Downs
Jean-Marc Liet, hautbois (cor anglais) - Véronique Fèvre, clarinette - Sona Khochafian, violon - Claire Merlet, alto - David Simpson, violoncelle

André Werner

André Werner, né en 1960, a étudié la composition à la Hochschule der Künste de Berlin avec Frank Michael Beyer et vit dans cette ville où il se consacré exclusivement à la composition depuis 1982. Il a reçu différents prix, notamment le prix de composition de la ville de Stuttgart, le Förderpreis de la ville de Berlin. Il a été pensionnaire à la Villa Massimo à Rome, ainsi qu'en résidence à Paris à la Cité des Arts. Un CD portrait vient d'être publié chez Wergo. En plus de ses oeuvres de musique de chambre, pour bande ou pour orchestre, il se consacre à l'opéra; ainsi ont vu le jour un opéra pour enfants (La Fata Turchina, 1997), un opéra d'après William Shakespeare (Titus Andronicus 1994-1999) ainsi qu'un opéra commandé par la biennale de Munich d'après Christopher Marlowe (The Jew of Malta) pour 2001.

 

Disegni pour piano quatre mains

La pièce a été composée à Rome en 1995/1996. Elle comporte sept mouvements de courte durée construits en miroir autour de l'axe central du quatrième. Les mouvements traitent deux par deux d'un modèle particulier de composition :
- 1 et 7 un espace sonore statique soumis à une perturbation d'où surgissent subrepticement des lignes mélodiques.
- 2 et 6 traitent des échelles circulaires qui suggèrent une montée ou une descente ininterrompue d'intervalles de seconde ou de septième (" chaine de Shepard ") : à l'intérieur de gammes régulières s'intercalent des accents qui, produisant une période rythmique, font apparaître une seconde voix. Dans le sixième mouvement, je cite une chanson de John Dowland (" Sorrow , stay ").
- 3 et 5 des accords se modifiant intérieurement par retrait successif de certains sons.

Le quatrième mouvement est composé d'un espace résonant, obtenu en enfonçant les touches de piano sans les jouer. Cet espace résonant s'exprime par des modèles rythmiques.

 

Quintett 1998 en cinq mouvements d'après un poème de Pedro Salinas pour mezzo, harpe, violon, alto et violoncelle

Me estoy labrando tu sombra.
La tengo ya sin los labios,
rojos y duros : ardían.
Te los habría besado
aún mucho más.

Luego te paro los brazos,
rápidos, largos, nerviosos.
Me ofrecían le camino
para que yo te estrechara.

Te arranco el color, el bulto.
te mato el paso. Venías
derecha a mí. Lo que más
pena me ha dado, al callártela,
es tu voz. Densa, tan cálida,
más palpable que tu cuerpo.
Pero ya iba a traicionarnos.

Así
mi amor está libre, suelto,
con tu sombra descarnada.
Y puedo vivir en ti
sin temor
a lo que yo más deseo,
a tu beso, a tus abrazos.
Estar ya siempre pensando
en los labios, en la voz,
en el cuerpo,
que yo mismo te arranqué
para poder, ya sin ellos,
quererte.

¡ Yo, que los quería tanto !
Y estrechar sin fin, sin pena
- mientras se va inasidera,
con mi gran amor detrás,
la carne por su camino -
tu solo cuerpo posible :
tu dulce cuerpo pensado.

Pedro Salinas

 

Serenata (1994)

pour violoncelle seul

Cette pièce en trois mouvements pose de façon discrète dans chacune des parties une question compositionnelle spécifique : le premier mouvement constitue une étude rythmique s'appuyant sur le vers saphique de onze pieds (rétrogradé).

Les accords se modifient sans cesse avec un ostinato sur la corde de " ré " à vide en pizzicato. La deuxième partie est conçue à deux voix, l'une étant une ligne descendante en sons harmoniques et en flageolets, l'autre un motif joué sur la corde à vide adjacente et dans un tempo très lent.

Le troisième mouvement enfin est une exploration des relations entres échelles à différentes vitesses; on y trouve des densités différenciées, articulées soit en fusion, soit en confrontation en blocs. On y trouve d'autre part un fragment furtif du prélude de la suite pour violoncelle seul de J.S. Bach B.W.V. 1012.

André Werner

ee

 

Thierry Blondeau

Né à Vincennes en 1961, il a étudié la musique et la littérature à Paris et à Berlin, obtenant plusieurs prix(premier prix du C.N.S.M., Hochschule der Künste, Prix du Sénat Culturel de Berlin en 1990). Pensionnaire à la Villa Médicis de 1994 à 1996, lauréat de la Villa Médicis hors-les-murs 1998 pour une collaboration avec le Musée Tinguely de Bâle, il est également compositeur en résidence à l'ENM de Brest en 1998/1999. Il sera pensionnaire à "l'Akademie Schloß Solitude" en 1999/2000.

Sa musique peut se caractériser par une construction audible de données acoustiques, spatiales et instrumentales, préoccupation qui l'amène depuis peu, en plus des concerts, à la conception d'oeuvres "in situ" et/ou interactives.

 

Oeuvres récentes :

1992
Ici et là, pour clarinette et délai
Digitale, pour flûte
Zigzag, pour 14 instruments et dispositif
1993
Tohu-bohu, pour flûte, 9 instruments et dispositif
Zoom, pour 10 instruments et dispositif
1994
Gezeiten, pour 10 instruments
Flip-flac, pour 2 clarinettes et trio à cordes (création chorégraphique avec Hervé Robbe)
Vis-à-vis, pour 3 clarinettes et trio à cordes
Bonsaï, pour flûte
1995
Plötzlich, pour 8 instruments
Linienflüge, pour clarinette et violoncelle
Ici et là II, pour flûte et délai
Ein und aus, pour 2 clarinettes et trio à cordes
1996
Au-delà, pour orchestre
1997
Kreuz und Quer, pour flûte, clarinette, piano, violon et violoncelle
Musique Rasoir, pour cor anglais, clarinette et rasoirs électriques (installation en collaboration avec le plasticien Alain Sonneville)
1998
Musique Tinguely, pièce radiophonique interactive pour clarinette, claviers, guitare, violon, alto et violoncelle
Non-lieu, pour guitare

Discographie récente

Ein und Aus - Ici et là I - Vis-à-vis - Plötzlich - Ici et la II - Ups and Downs

Ensemble Court-Circuit - Direction : Pierre-André Valade
Compagnie Zigzag - Armand Angster

(MFA - Radio-France - Hamonia Mundi)

 

 

Ici et là II

Ici et là propose deux espaces : Ici la flûte, là son écho. J'ai utilisé une tablature afin de pouvoir construire une boucle dont voici le principe :

- la flûte émet un son aigu
- ce son est réverbé par la machine
- la flûte simultanément émet un son légèrement plus bas, ce qui peut produire des différentiels audibles
- la flûte imite ce phénomène en privilégiant l'émission multiphonique
- le multiphonique est réverbé
- la flûte, simultanément, double une composante du son multiphonique, elle émet donc à nouveau un son et la boucle continue.

Le son en question descend, mais très lentement, par intervalles les plus petits possibles. Cette descente est articulée à l'aide d'un trait ascendant qui a pour fonction de donner l'impression que l'on monte toujours à la même note, alors qu'elle est chaque fois légèrement plus basse. A la fin, lorsque inexorablement on est descendu dans le registre grave de l'instrument, le principe est énoncé de nouveau, mais en condensé, en strette.

La pièce est dédiée à François Paris.

Thierry Blondeau

 

Ups and downs

Ups and downs est un moment d'absence, abstrait des rythmes urbains. On y entend les résonances aiguës d'un son grave qui arrive in extremis, et dont la fréquence correspond environ à 50 hertz, c'est-à-dire la fréquence du courant électrique. Quand j'entends aujourd'hui Ups and Downs, c'est moins le travail scolaire (mais naïf) sur le spectre harmonique qui m'intéresse que le balancement des sons de droite à gauche qui traverse mes travaux depuis le début, miroir de vos deux oreilles et qui va prendre une ampleur majeure dans mes essais plus récents comme Pèle-Mèle.

 

Thierry Blondeau