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Mark André |
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![]() © Philippe Gontier Le compositeur français Mark André vient de recevoir le Förderpreis 2002 de la Fondation Ernst-von-Siemens pour la musique. Voici le texte français (traduit par son auteur en allemand) et que nous publions avec l'aimable autorisation de la Ernst-von-siemens Musikstiftung. |
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Das verwüstete Denken
La musique de Mark André intrigue et éblouit parce qu'elle est opaque et impénétrable. Elle est une musique de l'extrême; du hors-signifié. Une effraction de l'absence de sens qui torpille toute tentative d'y trouver une immédiate délectation. L'auditeur y est exorbité, gravite autour d'un horizon qui vacille, il est poussé dans ses encoignures, bien obligé alors de se penser, sous peine de dévastation! Mark André est un homme qui exerce la composition, et cet homme sait que sans mystère, sans l'ombre en l'être, pas de vie, à proportion (cependant que la plupart en cette heure du monde gazouillent, palpent, dévorés de la seule angoisse du mercanti, leurs confettis tonaux). « C'est la ténèbre, c'est innommé, c'est ignoré, libéré du début ainsi que de la fin », comme parle dans son Poème Granum sinapis Maître Eckhart, que Mark André revisite, des fois.
Ses oeuvres sont de grandes pages énormes, coriaces et saturées; bizarrement closes sur leur propre densité. Leur massivité, leurs couleurs sombres (pour l'heure Mark André prédilectent les registres graves) alourdissent chaque note d'un poids pur, larguent néanmoins toute redondance, ne laissent aucune issue à la séduction ni au coq-à-l'âne. C'est une musique comme écorcée mais moelleuse, opiniâtre mais trouée de fulgurances, faite d'élégance à la fois arrêtée et fuyante.
La composition, ce que le compositeur nomme l'« architecture compositionnelle », est aujourd'hui en crise. Il s'agit d'en prendre acte. L'y ont aidé: le système mensuraliste (Francon de Cologne) utilisé dans le corpus de l'ars subtilior à la fin du XIVe siècle, qui, très tôt, le fait réfléchir sur une nouvelle mécanique du temps musical ; des études avec Helmut Lachenmann pour lequel, profonde et singulière, cette architecture se situe entre l'affect et le concept. (« Méditer son exemple, explique Mark André, c'est en quelque sorte être à l'écoute de son propre opus 10. ») Poser la problématique des liens entre l'affect et le concept, entre la discordance et le concordance, c'est structurer l'acte compositionnel lui-même, et être structuré par lui; c'est également accepter une démarche qui est, «par essence, autocritique et auto-éthique». Ces liens, Mark André les redéfinit sous la forme d'une «compossibilité» (concept dû à Jean Duns Scot dans son Traité du premier principe) musicale, entre ce qui ressortit au domaine du fini et à celui de l'infini. En émane l'Un-fini (titre d'ailleurs d'un cycle d'oeuvres de Mark André), espèce de zone aveugle, de trou noir, incertitude fondamentale comme aboutissement d'une déconstruction du matériau musical, de sa fragmentation dans l'espace et dans un temps écartelé.
Jean-Noël von der Weid
Jean-Noël von der Weid
Die Musik des 20.
Jahrhunderts
Vorwort von Mauricio Kagel
Aus dem Französischen von Andreas Ginhold (La musique du XXe
siècle)
ISBN 3-458-17068-5